Rencontre entre l’analogique et le numérique

Entrevue avec David Oakey, designer de produits

En 1982, au moment où le Commodore 64 (un ordinateur personnel rudimentaire) entrait sur le marché et où le défunt géant de la technologie Sun Microsystems venait à peine d’ouvrir ses portes, le prévisionniste de tendances John Naisbitt a fait la prédiction radicale que les ordinateurs s’intégreraient complètement au travail et aux loisirs. Son livre, Les dix commandements de l’avenir prévoyait même que cette omniprésence ne ferait pas que des heureux : « Il faut trouver l’équilibre entre les merveilles de la technologie et les besoins spirituels de la nature humaine. »

David Oakey, designer de produits mondial pour Interface, croit que le concept de dualité « technologie-toucher » de John Naisbitt n’a jamais autant été d’actualité. Autrefois, l’utilisation d’un ordinateur, c’était tout ou rien : soit on s’assoyait à un bureau pour s’en servir, soit on faisait autre chose. Mais aujourd’hui, la technologie est profondément ancrée dans nos vies. De plus, certains fabricants ont commencé à infuser un peu de chaleur et de tactilité à leurs gadgets pour en humaniser la présence constante. La toute dernière collection mondiale de David Oakey pour Interface, Visual CodeMC, s’inscrit dans cette école de pensée et célèbre l’union de la technologie et des produits artisanaux.

   

Aucun élément de cette collection n’illustre si bien ce mariage entre le virtuel et le sensoriel que Circuit BoardMC. Ses lignes dynamiques évoquent un circuit électronique, mais le velours ras adoucit cette image. En fait, grâce à cette texture, le tapis rappelle peut-être plus des motifs aztèques que des puces de silicium. David Oakey souligne aussi que les coloris réveillent des désirs profondément ancrés dans la nature humaine : les rouges vifs et les autres couleurs vibrantes de Circuit Board ressemblent à la floraison printanière, qui revigore et inspire l’humanité après le gris de l’hiver. Les motifs Static LinesMC et Hard DriveMC fusionnent eux aussi l’analogique et le numérique en combinant des motifs vestimentaires traditionnels et le glitch art, un courant artistique qui s’inspire des distorsions électroniques et des données corrompues. En comparaison avec Circuit Board, l’élément de la collection qui présente le meilleur équilibre entre technologie et toucher, Static Lines et Hard Drive penchent légèrement du côté de la fabrication artisanale.

Les sept autres motifs de Visual Code penchent encore plus vers les textiles d’antan. Plain StitchMC, StitcheryMC et Stitch CountMC exploitent les tissages serrés, tandis que les quatre produits de la série Black & White présentent des lignes sur des surfaces noueuses. « Certains de nos clients préfèrent la simplicité et le calme, tandis que d’autres veulent un décor plus enjoué et positif, explique David Oakey au sujet des nombreuses interprétations possibles. Chaque entreprise est unique. »

Il souligne aussi que les divers produits de Visual Code peuvent être utilisés dans un seul et même espace. « Un tapis pourrait servir de base et couvrir de 60 à 70 % de l’espace, par exemple l’aire des postes de travail, mais les autres produits de la collection pourraient aussi servir dans les salles de réunion, les espaces de rencontres, les bureaux fermés et les aires où l’on va pour chercher un peu de solitude. Chaque espace nécessite quelque chose qui le distingue un peu des autres,&nbsp» explique-t-il. Il mentionne aussi que la diversité de Visual Code reflète les études toutes récentes de Microsoft et de Steelcase, selon lesquelles 72 des travailleurs estiment que leur réussite dépendra de leur créativité [en anglais seulement], et que de laisser « des moments d’exploration individuelle, de repos cognitif, d’interaction sociale, de co-création et d’évaluation » favorise un milieu de travail créatif. David Oakey croit que la diversité esthétique de Visual Code est aussi un renvoi à la vision de la vie moderne énoncée dans Les dix commandements de l’avenir au début des années 80. « Comme la technologie n’est plus restreinte par la longueur des cordons, les gens peuvent se déplacer et se rencontrer n’importe où. Parallèlement, on voit maintenant des espaces qui servent à une foule d’activités différentes en même temps, note-t-il. Cette collection fait le pont entre ces deux aspects. »

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